Je ne me souviens pas exactement du début de l’écriture

Invité par la ZAL (Zone d’Autonomie Littéraire) le 22 novembre 2014 à Montpellier, Salle Pétrarque, Texte En Cours a choisi – en guise de présentation – d’assembler divers témoignages sur l’écriture et la lecture, offerts par des artistes de sa nébuleuse. Voici celui de Simon Capelle.

 

« je ne me souviens pas exactement du début de l’écriture

je crois qu’il doit y avoir encore des carnets anciens tracés de chiffres et de formes géométriques

des listes de nombres qui se répondent

des essais de suites de traits calligraphiques

des signes et des lettres inventées

 

la fascination pour les formes et les chiffres perdure et persiste

entretemps la vie s’est engouffrée entre les lignes

 

il y a dû y avoir le moment où la forme que je prenais et la vie qui m’habitait ne se répondaient plus

il y a dû y avoir cet instant de collision de tremblement de débordement

ou peut-être pas

peut-être que tout a glissé

d’en moi vers le monde et du monde en moi

 

je ne me souviens pas exactement du début de l’écriture

c’est comme me demander de tracer l’historique de mes respirations

je sais que c’est en moi que cela travaille malgré moi que cela me permet de vivre

je peux nommer bien sûr les asphyxies les étouffements les grandes inspirations

tout comme il y a des titres des nombres de pages des jours des heures et des nuits

 

il y a

les anges déchus – lys – cœur noir – paysage nocturne – tes yeux cosmos

des romans

 

il y a

premières années – plaines inondées – étoiles marines – urbaine inanité – aussi loin et aussi près

des recueils de poèmes

 

il y a

(s)z. – code-x –  this is my last play – la femme sans souvenirs – coma – trauma – …celle.qui… – cramés – requiem – zone 1 (choeur) – zone 2 (agôn) – zone 3 (héros) – pur

des pièces

 

cela ne dit pas grand chose du début de l’écriture

c’est une liste visible un geste une trace

 

j’aimais jouer avec les chiffres parce qu’ils étaient des signes stables

pourtant des signes vierges

des chambres vides dans le monde que je pouvais invoquer

comme les mots aujourd’hui

 

c’est ce qui n’est pas évident que l’on a besoin de dire

au début de l’écriture

il doit y avoir eu un secret ou deux

les innommables les hors-de-portée après lesquels on court

cela revient sans cesse comme des compagnons de survie

néanmoins l’écriture n’est jamais douloureuse

comme le sang qui s’écoule

elle a un goût métallique un goût particulier un goût de vrai

 

au début de l’écriture il y a le goût du sang »

                                                              Simon Capelle

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