Sally Campusano Torres

Sally CAMPUSANO TORRES

J’ai fais des études pour être comédienne, et parfois il m’arrive d’être sur le plateau.
Mais il m’arrive aussi de créer des projets culturels, d’enseigner le théâtre et surtout d’écrire.

Je mélange des paroles venues d’ici et d’ailleurs, parce que je suis née au Chili…un país flaco… un pays singulier, loin de tout, coincé entre la cordillera de los Andes y el océano Pacífico ……un pays secoué régulièrement par d’énormes tremblements de terre… un pays meurtri mais festif.

Avec mes souvenirs d’enfance, la mélancolie du pays quitté et les couleurs des nouveaux territoires parcourus, je pétrie des histoires qui parlent d’identité, de mémoire, de genre.

Sous-marin parle de tout cela et, avec Aurore Jacob, nous nous sommes plongées dans des réflexions autour de l’histoire et ses mouvements qui amènent à changer l’existence et les envies des êtres humains.

Entonces,

…l’écriture est pour moi un lieu de résistance politique et c’est ici que j’aime être militante. Voila pourquoi depuis quelques années je travaille pour Women Playwrights International, une association qui aide à la diffusion de la dramaturgie féminine à travers le monde. Actuellement, je dirige le groupe de dramaturges chiliennes qui organise la 11ème conférence qui aura lieu à Santiago du Chili en octobre 2018.

En parallèle, mes pièces qui se nomment El Olivo, La Fiesta, Territoire, EX/IN et El automóvil amarillo suivent leurs chemins avec des lectures par ici, des mises en scène par là ou bien se cachent dans un petit coin de mon disque dur en attendant d’ être traduites en français.

 

SOUS-MARIN

SAMEDI 6 MAI 2017 – 17H30 – SQUARE LOUIS BOFFET

Une famille de classe moyenne confrontée aux nombreux problèmes économiques de son pays et à une instabilité sociale croissante, décide de changer de patrie pour trouver de nouveaux horizons.

Ce voyage se fera en sous-marin.

Le trajet sous l’eau s’éternise et la destination tant fantasmée n’est jamais atteinte. A l’image du capitaine Nemo, le père y séquestre sa famille pendant plusieurs mois.

Dans cette fable, l’image du sous-marin est double. Endroit exigu de l’enfermement qui oppresse il devient le lieu du rêve, où il est possible de croire à l’utopie d’un monde où chacun appliquerait ses propres lois. Comme une chrysalide, le sous-marin, devient l’espace d’un voyage intérieur, d’une redéfinition des frontières. Des frontières non seulement physiques mais aussi identitaires, familiales, sociales et personnelles.

 

Note d’Autrices

Sally Campusano, chilienne : j’ habite en France depuis 6 ans. Ce passage d’un pays à un autre a bougé ma perception sur ma propre identité, que ce soit dans ma chair ou par le regard des autres. Confrontée aux nombreux clichés de mon pays d’accueil mais aussi de mon pays d’origine, j’ai senti la nécessité de me redéfinir en tant que personne et artiste. C’est ainsi que j’ai pris conscience que les mêmes problématiques issus de la globalisation d’un système néo-libéral touchent le Chili et la France (par exemple, durant les manifestations contre la loi travail en France, plusieurs mouvements de protestations éclataient au Chili pour s’opposer au système social du pays). C’est pourquoi j’ai senti la nécessité d’intégrer à mon projet d’écriture une auteure française, Aurore Jacob. On s’est demandé en tant que dramaturge, chilienne et française, quels étaient les points qui nous reliés en dehors de nos nationalités d’origines, tant dans l’écriture que dans notre vécu. De plus, en passant d’une langue à une autre nous avons dû changer de point de vue, reformuler nos idées pour être sûre de bien nous comprendre, afin que les mots ne trahissent pas la pensée.

Notre point de départ est de nous demander comment en tant que citoyennes du monde et artistes nous pouvons agir face aux changements géo-politiques actuels. A priori, il n’y a que deux options possibles : réagir et se révolter, comme le personnage d’Ursula, ou accepter et participer au système, comme Clara.

Mais en tant que chilienne, je fais parti d’une génération qui a vécu la fin d’une dictature pendant son enfance puis l’euphorie qui a suivi l’arrivée de la démocratie, pendant son adolescence. C’est à dire, une génération qui était encore trop petite pour se révolter, trop jeune pour se rendre compte qu’après le retour de la démocratie il fallait changer le modèle sociétal et qui, une fois arrivée à l’âge adulte, s’est résignée en voyant que le monde n’avait pas vraiment changé. Cette dernière option de la résignation est incarnée par Gaston dans la pièce.

Pour traité ce sujet complexe, nous souhaitons écrire une fiction partant de personnages très quotidiens et, au premier abord, caricaturaux, afin de les faire basculer dans un second temps vers plus de nuance grâce à l’espace du sous-marin. Ce décalage permet de passer d’un univers concret et léger à un autre plus poétique et métaphorique.

À l’image de 20 000 lieux sous les mers, dont Gaston ne cesse de s’inspirer, l’image du sous-marin est double. Endroit exigu de l’enfermement qui oppresse Clara, il devient le lieu où Gaston peut rêver, croire à la possibilité d’une révolution et à l’utopie d’un monde où il appliquerait ses propres lois et qui répondrait à ses seules valeurs. Comme une chrysalide, le sous-marin, qui est le véhicule chargé de transporter Gaston et Clara vers un nouveau pays, devient l’espace d’un voyage intérieur, d’une redéfinition de leurs limites.

À partir de l’histoire d’une famille ordinaire, que nous ne voulons pas définir par leur pays d’origine, on propose de déconstruire les idées préconçues concernant les immigrants en redéfinissant les notions de frontières. Des frontières non seulement physiques mais aussi identitaires, familiales, sociales et personnelles. De plus, nous avons voulu que la forme de notre pièce épouse cette abolition des limites en déstructurant la temporalité.